M7 a établi que le manoir vivra en régime TT, et que la coupure
d’un défaut d’isolement repose sur le différentiel à condition
qu’une vraie prise de terre existe, mesurée et conforme. Ce module
construit cette prise de terre, et organise tout ce qui s’y
raccroche : le conducteur de terre qui la relie à la borne
principale, le conducteur principal de protection qui descend
jusqu’aux circuits, et — point souvent négligé, parfois mortel —
les liaisons équipotentielles, principale et supplémentaire, qui
relient au même potentiel les masses et les éléments métalliques
étrangers de l’installation. Sans ces liaisons, la prise de terre
seule ne suffit pas. C’est la moitié invisible de la mise à la terre.
Toute installation doit comporter une prise de terre et un
conducteur principal de protection, raccordés à la borne
principale de terre. NF C 15-100 [section ?].
La résistance de prise de terre doit satisfaire la condition
Ra×IΔn≤UL (avec UL = 50 V en locaux
secs). NF C 15-100 [section ?] (cf. M7).
Une barrette de mesure ou un dispositif équivalent permettant
d’isoler la prise de terre pour la mesure est obligatoire.
NF C 15-100 [section ?].
Une liaison équipotentielle principale (LEP) doit relier à la
borne principale de terre tous les éléments conducteurs entrants :
canalisations d’eau, de gaz, de chauffage, charpente métallique,
etc. NF C 15-100 [section ?].
Une liaison équipotentielle supplémentaire (LES) est exigée
dans chaque salle d’eau (locaux contenant une douche ou une
baignoire). NF C 15-100 [section ?].
Sections minimales : LEP 6 mm² cuivre minimum, LES
2,5 mm² cuivre minimum si protégée mécaniquement, 4 mm² sinon.
NF C 15-100 [section ?].
La « terre », pour un électricien, n’est pas une notion poétique :
c’est un réservoir de potentiel quasi infini, accessible à
quiconque met un conducteur en contact direct avec le sol. C’est
aussi, et surtout, le chemin de retour que prennent les courants
de défaut quand ils ne trouvent rien de mieux.
Une prise de terre est l’objet métallique qui réalise ce contact.
Son rôle :
fournir un chemin de retour au courant de défaut, de manière à
permettre le déclenchement du différentiel (en TT — M7) ;
maintenir au potentiel du sol toutes les masses qui lui sont
reliées, de sorte qu’elles ne puissent jamais s’écarter durablement
d’une valeur dangereuse pour qui les touche.
Toute la qualité d’une prise de terre se résume dans une seule
valeur : sa résistance Ra, mesurée entre la prise et la « terre
vraie » à grande distance. Plus Ra est faible, mieux la prise de
terre joue son rôle. La condition de M7 fixe sa limite supérieure
en fonction du différentiel installé :
Ra≤IΔnUL
Avec un différentiel 30 mA et UL = 50 V, Ra doit rester sous
1 667 Ω — exigence très lâche, qu’une prise de terre correcte
dépasse largement (on vise typiquement quelques dizaines d’ohms au
plus).
Plusieurs techniques existent ; toutes reposent sur le contact
métal/sol sur la plus grande surface possible, dans un sol
suffisamment humide pour conduire.
Boucle à fond de fouille
La meilleure solution, en construction neuve. Un câble de
cuivre nu (typiquement 25 mm², ou 30 × 2 mm en feuillard d’acier
galvanisé) est posé en fond des tranchées de fondation, sur
tout le pourtour du bâtiment, et noyé dans le béton ou le
remblai. Le contact est immense, stable, et la résistance
obtenue très faible.
Piquet vertical
La solution de rénovation. Un piquet d’acier galvanisé ou de
cuivre (1,5 à 2 m) enfoncé verticalement dans le sol. Simple à
mettre en œuvre, mais Ra dépend fortement de la nature et de
l’humidité du sol. Plusieurs piquets en parallèle (espacés
d’au moins leur longueur) abaissent la résistance.
Câble enterré horizontal
Câble de cuivre nu posé horizontalement à environ 1 m de
profondeur, sur une longueur de plusieurs mètres. Compromis
intermédiaire entre la boucle et le piquet.
Plaque ou grillage enterré
Solution historique, désormais peu pratiquée car peu efficace
par unité de matière. À connaître pour lire d’anciennes
installations.
Facteurs qui font baisser Ra : sol argileux (humide, conducteur),
profondeur d’enfouissement importante, longueur de l’électrode,
multiplication des prises en parallèle.
Facteurs qui font monter Ra : sol sec, sableux, pierreux, gélif ;
piquet trop court ou en surface ; corrosion de l’électrode au fil
des années.
Trois méthodes principales. Toutes nécessitent un appareil dédié
(tellurométre, contrôleur de terre, ou pince ampèremétrique
spécifique).
1. La méthode dite des « 62 % » (méthode de référence). Deux
électrodes auxiliaires sont plantées en ligne droite depuis la prise
de terre à mesurer. Un courant alternatif est injecté entre la prise
et l’électrode la plus éloignée ; la tension est mesurée entre la
prise et l’électrode intermédiaire, placée à environ 62 % de la
distance vers l’électrode lointaine. Le rapport tension / courant
donne Ra. Cette méthode exige de pouvoir isoler la prise de
terre — d’où la barrette de mesure.
2. La pince de terre (mesure de boucle, sans électrodes
auxiliaires). On clipse la pince autour du conducteur de terre, qui
injecte un courant et mesure l’impédance de la boucle complète à la
terre. Pratique pour un contrôle rapide en exploitation ; suppose
toutefois que la prise de terre mesurée soit en parallèle avec
d’autres prises (multiplicité de retours), ce qui est rarement le
cas en pavillonnaire isolé.
3. La mesure par boucle au tableau, faite depuis l’intérieur de
l’installation : appareil branché en prise de courant, qui provoque
une mini-fuite à la terre et mesure l’impédance globale de la
boucle. Inclut Ra mais aussi tout le circuit en aval — c’est donc
une mesure globale, pas Ra strict.
Interprétation. On compare la valeur mesurée à la limite
calculée selon M7. Avec un 30 mA, toute valeur inférieure à
1 000 Ω est largement conforme ; toute valeur supérieure à
100 Ω mérite une investigation (l’objectif pratique reste de
maintenir Ra sous 100 Ω, comme garde-fou et pour permettre
une éventuelle protection 500 mA en tête).
4. L’architecture de la mise à la terre d’un logement
Tout converge en un point unique : la borne principale de terre,
souvent matérialisée par une barrette de coupure située dans la
GTL ou à proximité du tableau.
prise de terre (Ra)
│
│ conducteur de terre
│ (vert/jaune)
▼
┌──────────────────────┐
│ barrette de coupure │ ← démontable pour
│ (borne principale) │ la mesure
└──────────┬───────────┘
│
┌────────────────────┼─────────────────────┐
│ │ │
▼ ▼ ▼
conducteur LEP — liaison (autres prises
principal de équipotentielle de terre si
protection principale plusieurs
vers tableau (canalisations, bâtiments
│ charpente…) d’un même site)
▼
PE de chaque circuit
│
▼
masses des récepteurs
(et, dans chaque salle d’eau :
LES — liaison équipotentielle
supplémentaire locale)
Quatre éléments fondamentaux :
La prise de terre (Ra), dans le sol.
Le conducteur de terre, qui la relie à la borne principale.
La barrette de coupure, qui permet d’isoler la prise de
terre pour la mesurer.
Le conducteur principal de protection, qui descend de la
borne principale jusqu’au tableau, puis se ramifie en autant de
PE que de circuits.
Et deux compléments indispensables :
La liaison équipotentielle principale (LEP), qui ramène à
la borne principale les éléments conducteurs étrangers entrant
dans le bâtiment.
Les liaisons équipotentielles supplémentaires (LES), locales,
dans les salles d’eau.
Imaginons une prise de terre parfaitement faite, à 20 Ω. Toutes les
masses de l’installation sont à son potentiel : OK. Mais arrive
dans la cuisine une canalisation d’eau métallique issue du
réseau public, qui passe quelque part près d’un câble enterré… et
qui se retrouve, pour des raisons électriques étrangères, à un
potentiel différent. Une personne qui touche simultanément un
appareil électrique (à 0 V, relié à la terre du logement) et le
robinet (à quelques dizaines de volts) est traversée par un
courant : c’est exactement le scénario que la mise à la terre était
censée empêcher.
La liaison équipotentielle principale (LEP) corrige cela. Elle
ramène au même potentiel que la borne principale de terre tous
les éléments conducteurs étrangers susceptibles d’introduire un
potentiel dans le bâtiment :
Élément à raccorder à la LEP
Canalisations métalliques d’eau froide (entrée du bâtiment)
Canalisations métalliques d’eau chaude
Canalisation métallique de gaz
Canalisations métalliques de chauffage et d’évacuation
Une fois reliés, ces éléments ne peuvent plus se retrouver à un
potentiel différent du PE du logement — la différence de
potentiel dangereuse disparaît.
Section. Au moins 6 mm² cuivre, sans dépasser utilement
25 mm² (la règle complète, en S/2 du conducteur principal de
protection, sera précisée en M9).
6. La liaison équipotentielle supplémentaire (LES)
Cas particulier, le plus sensible : la salle d’eau. Dans ce
local, la peau est humide, la résistance corporelle s’effondre, le
risque d’électrocution explose (M2). Et l’on y trouve, à portée de
main et de pied :
des masses électriques (radiateur sèche-serviettes,
appareils, éclairage IP X4 minimum) ;
des éléments conducteurs non électriques : robinetterie,
canalisations d’eau, baignoire métallique, douche métallique,
évacuations.
Même si tous ces éléments sont, ailleurs dans l’installation,
raccordés à la même terre, rien ne garantit qu’ils soient au
même potentiel localement : la distance, les chemins de conduction
imparfaits, les défauts intermédiaires peuvent créer des écarts.
La liaison équipotentielle supplémentaire (LES) lève ce doute.
Elle relie entre eux, par un conducteur dédié, dans la salle
d’eau elle-même :
toutes les masses électriques de la salle d’eau,
toutes les canalisations métalliques (eau froide, eau chaude,
évacuation),
la baignoire ou la douche si métallique,
le PE local.
Tous ces éléments forment alors une équipotentialité locale : la
différence de potentiel entre deux d’entre eux est, par
construction, nulle. La personne qui touche le robinet d’une main et
le sèche-serviettes de l’autre est mécaniquement à l’abri.
Section. Au moins 2,5 mm² cuivre si la liaison est protégée
mécaniquement (sous goulotte ou dans une cloison), 4 mm² cuivre
sinon. Reliée en étoile ou en chaîne au PE local — peu importe,
pourvu que toutes les masses et tous les éléments concernés y
soient.
Le bâti ancien rend la mise à la terre plus exigeante que dans
une construction neuve :
La boucle à fond de fouille est impossible à poser sans
reprendre les fondations — donc, en pratique, exclue. La solution
retiendra des piquets, éventuellement plusieurs en
parallèle, espacés d’au moins leur longueur.
Le sol du manoir doit être caractérisé : nature (argileux, sableux,
rocheux), humidité, présence de drainage. Cela conditionne le
nombre de piquets nécessaires.
L’ancienne prise de terre, si elle existe, peut être dégradée
par la corrosion. Une mesure préalable s’impose ; si Ra dépasse
100 Ω, l’installation est refaite — pas reprisée.
La LEP est particulièrement riche dans un manoir : entrées
d’eau froide et chaude, gaz si présent, chauffage central métallique,
charpente métallique éventuelle, structure si métallique. Le
recensement est à faire pièce par pièce, dans tous les sous-sols
et locaux techniques.
Les LES : à prévoir dans chaque salle de bain, chaque salle
d’eau, chaque WC s’il contient un point d’eau pour douche, chaque
buanderie où l’on trouve à la fois masses électriques et
canalisations métalliques.
La barrette de coupure doit être accessible dans la GTL,
pour la mesure périodique de Ra.
Ce module est, plus que tout autre, celui où la qualité d’exécution
fait la sécurité. Un calcul juste ne sauve pas un piquet mal
enfoncé, une LEP oubliée, une LES manquante.
Livrable attendu : un dossier dossier-manoir/M8/ contenant :
releve-existant.md — relevé complet de la mise à la terre
actuelle du manoir : présence et type de prise de terre, accès à
la barrette de mesure, état apparent du conducteur de terre,
conducteur principal de protection, raccordement éventuel des
canalisations. Photographier chaque élément, signaler toute
absence ou dégradation visible.
mesure-Ra.md — résultat de la mesure de Ra (au tellurométre
loué ou via un électricien sollicité ponctuellement), avec date,
conditions (temps sec ou humide), méthode utilisée. Comparer à la
limite calculée en M7 et conclure : conforme / à reprendre.
conception-prise-terre-cible.md — proposition de
réalisation : nombre et longueur des piquets, leur emplacement
sur un plan, type de conducteur de terre, cheminement vers la
barrette de coupure. Justifier au regard de la nature du sol.
recensement-LEP.md — liste exhaustive, pièce par pièce et
local par local, des éléments à raccorder à la LEP :
canalisations entrantes d’eau, gaz, chauffage, charpente, etc.
Indiquer pour chacun la section retenue et le cheminement
pressenti du conducteur vert/jaune jusqu’à la barrette principale.
LES-salles-eau.md — pour chaque salle d’eau du manoir,
inventaire des masses et éléments à intégrer à la LES (baignoire,
robinetterie, canalisations, sèche-serviettes, éclairage,
ventilation…), section retenue, mode de pose (protégée ou non).
Ces livrables forment, avec ceux de M7, la partie « terre » du
dossier Consuel du manoir.
Reconnaître l’architecture de mise à la terre du banc.
Identifier la borne principale de terre du coffret, le conducteur
principal de protection, les PE de chaque circuit. Tracer le
schéma équivalent à celui de la section 4 — sans la prise de
terre réelle, en figurant le point où elle se raccorderait.
Tester la continuité du PE. Au multimètre en calibre
ohmmètre (banc hors tension), mesurer la résistance entre la
borne principale de terre et chaque masse accessible du banc
(carcasses d’appareils, broches de terre des prises). La valeur
doit être très faible (< 1 Ω) — sinon il y a une rupture du PE
quelque part.
Étudier les sections. Mesurer la section apparente des
conducteurs verts/jaunes du banc et confronter aux exigences du
cours (PE de chaque circuit selon M6, équivalent LEP, équivalent
LES). Repérer tout sous-dimensionnement.
Schématiser une LEP type. Sur papier, dessiner la LEP d’un
pavillon imaginaire à un étage avec sous-sol : arrivée d’eau
froide, arrivée de gaz, chaudière au gaz, canalisation de
chauffage, charpente non métallique. Tracer le cheminement du
conducteur 6 mm² jusqu’à la barrette principale.
Auditer une LES de salle d’eau. À partir d’un plan-type de
salle de bain (baignoire métallique, douche, sèche-serviettes,
éclairage, prise rasoir), lister tout ce qui doit être raccordé à
la LES, choisir une section (protégée ou non), tracer le câblage
sur le plan.
Conducteur de terre (vers piquet) : 25 mm² Cu nu enterré
ou 16 mm² Cu isolé protégé
Conducteur principal de protection : selon M6 (section actifs)
PE circuits terminaux : section égale aux actifs (S ≤ 16 mm²)
TOUT en VERT/JAUNE — réservé.
LE MANOIR
Pas de boucle de fouille — piquets multiples.
Mesure préalable de l’existant. Si Ra > 100 Ω, on refait.
LEP : recensement pièce par pièce, sous-sols inclus.
LES : dans chaque salle d’eau, sans exception.
À conserver avec les fiches M0 à M7. M9 (NF C 15-100 en profondeur)
reprendra et précisera les sections de la norme citées
[section ?] dans tout ce qui précède.